Merveilles de l’acrobatisme

 

À chaque époque suffit sa peine. Nous l’allons montrer tout à l’heure. Pour l’instant, nous passons à l’attaque. Dans la vengeance du temps perdu, dans la souffrance des peaux meurtries, dans le renversement des pénibles humiliations, des coups portés contre nous et des lacérations où nous ne pûmes que résister. Mais nous avons résisté.    

 

Nous retrouvons le passé de ces résistances pour les propulser plus loin et, ce faisant, nous propulser nous-mêmes. Nous qui étions hier des êtres abêtis, victimes non consentantes des arrogances arbitraires, des pouvoirs d’argent et des bêtises dominantes. Nous qui autrefois, opposions en silence ces monstruosités dangereuses, nous voilà prêts aujourd’hui à ouvrir les entrailles des assauts incontrôlés, des révoltes inimaginées et des soulèvements obligatoires.

 

 

Dans nos efforts gigantesques, nous n’arrêterons à rien parce que rien ne nous arrêtera. Nous avons tout détruit, tout détruit ces obstacles obstruant notre mouvement jusqu’ici ralenti. Nous les avons stoppés dans leurs mainmises, nous les avons stoppés dans leurs tortures, nous les avons stoppés dans leurs médiocrités soporifiques. Nous n’avons plus qu’à tout faire maintenant, à continuer à tout faire, en fait, mais cette fois sans eux, sans ces tortionnaires, sans ces élites politiciennes, ces amas putréfiés de meurtriers qui nous ont tant détruits, assaillis, meurtris, étranglés.

 

 

Nos expressions spontanées, nouvelles, indépendantes, féroces nous les voulons comme des traces de nos libérations et comme des armes de notre liberté reconquise. Qu’à jamais nous puissions étendre, jour après jour, ces volontés nouvellement cristallisées qui ne se satisfont pas de peu, qui en redemandent, et qui exigent l’authenticité de nos aveux.

 

 

Dans tous ces combats, il y a le risque à chaque détour, le futur incertain mieux qu’un passé certainement dominé, mieux qu’un petit rien qu’ils appellent la vie. En prenant ce risque, nous avançons dans les chemins du neuf, dans nos ruptures d’avec tout, d’avec tout ce qu’ils voudraient que nous soyons. C’est par ce risque que découleront les surprises qui nous raviront et que nous voudrons à chaque jour réinventer encore. De ce risque, de cette surprise, de cette nouveauté, de cette réinvention permanente, nous poursuivrons avec acharnement notre folle lancée vers l’émancipation de toute notre classe en colère.

 

C’est dans ce cadre que l’acrobatisme finit par prendre son sens révolutionnaire.

 

 

CAR

 

L’acrobatisme échappe à toutes les définitions. Il finit par s’échapper de tous leurs carcans.

L’acrobatisme est le mouvement total et insaisissable. Il est la culbute infinie, la pirouette éternelle, le triple saut continuel.

L’acrobatisme est un processus social, une conception de l’art, un combat sans merci, un point de vue esthétique, un crachat à la face des classes dominantes, une malpropreté qui nettoie, une perspective futuriste, une pratique politique, une tentative d’exister, une productivité inattendue, une surprise tant désirée.

L’acrobatisme circule dans les couloirs de l’injustice, il s’immisce dans les affaires courantes et surmonte les recours périmés.

L’acrobatisme s’installe dans la tête des méchants prolétariens et vit comme il peut dans les villes et les eaux. Il prend ce qui reste pour en faire ce qui sera, il chante dans le temps comme dans l’espace.

L’acrobatisme s’arrange pour être en retard quand c’est la mort qui l’attend. Il s’arrange très bien merci.

  

L’acrobatisme est anti-perfectionniste.

L’acrobatisme est cheap.

L’acrobatisme emporte le vent.

L’acrobatisme avance sur tous les fronts.

L’acrobatisme est  une folie furieuse, une envie de vivre, un assaut de désirs, une attaque de passions, une explosion de joie.

L’acrobatisme est anti-militariste.

L’acrobatisme est dans tous les pays parce que l’écoeurement est dans tous les pays.

L’acrobatisme n’est pas nouveau parce que la volonté de puissance n’est pas nouvelle.

L’acrobatisme s’insurge, se soulève, fonce et surmonte. Il monte à l’assaut, s’élance et gagne.

L’acrobatisme est un boule de feu en hiver, un éclat dans la nuit, une sirène dans le désert.

L’acrobatisme apparaît au moment où la colère qui le précède disparaît.

L’acrobatisme est le mouvement de notre joie assurée, la gaieté de notre tâche accomplie, le soulagement de nos angoisses terminées, la vie retrouvée dans toute sa liberté.

 

Les passions acrobatistes nous entraînent plus loin, nous font prendre les risques qui enfin nous transforment, devenant finalement autre chose, autrement, distinct de notre retenue prisonnier, de notre hésitation, de notre immobilité apeurée, de notre silence décomposé.

 

        Groupe acrobatiste, juin 2007