La mesure des jours


nulle part
partout
ailleurs

perdu, c’est-à-dire
non repérable
ni par eux
ni par moi
ni par moi en eux
ni par eux en moi

ailleurs
hors d’ordre
out
en déhors dla track
libre
enfin libre

Ce que je suis
Ce que je suis devenu

Ce que j’ai voulu être
Ce que je serai si je

Quand les conditions le permettent
Et que les permissions conditionnent

À défaut d’être un autre
Je serai moi même enfin
Un autre moi-même  

Vivre sans projets
c’est vivre perdu
dans la lune
            les nuages
C’est être à moitié là
Être là seulement
            pour le plus pressant
                    le nécessaire

Vivre sans projets
c’est vivre en attendant
indifférent
            distrait
C’est être nonchalant
Aux autres, à soi
                   au monde
Comme si tout passait
pour un instant
Et s’oubliait au même moment

Vivre sans projets
c’est vivre comme une guénille

PLEIN D’EMPLOIS
Pogné pour s’trouver n’job quand y a rien de ce qu’on veut faire qui est payant
Pogné pour galérer dans des édifices qui puent la charogne des piastres de sang
Pogné pour serrer ‘à main des étrangleurs et sourire dans face des écoeurants
Pogné pour perdre son temps sacrament
Pis mourir au bout de t’ça
Sans vraiment avoir pu jouir
Ou si peu
Ou tellement moins que c’qui en vaut la peine
Vivre est un combat perdu d’avance
 quand le marché du travail s’ouvre à nous
 comme un enfer plus fort que moé

Se vider le coeur
pour le remplir à nouveau
D’autres choses
D’un monde inconnu,
inespéré et inimaginé
            jusqu’à aujourd’hui

Une idée du paradis.  Ce café dans Roundwood Park, par un lundi de Pâques frais et par moment ensoleillé.  On y sert même des expressos!

Tout recommencer à zéro.  Avoir toutes les possibilités devant soi.

Au hasard de mes déplacements, je parviens à trouver des lieux de joie.  Des endroits pour me détendre et penser la vie belle.

Devant moi une femme tout aussi belle, et ce soleil qui pose sur le bourdonnement de la rumeur une lumière douceureuse.

Qui a dit que l’illusion romantique n’était pas source de joie?  Un instant, un long instant.

Il y a dans ma tête lente un méandre tranquille qui ne veut pas s’arrêter de se mouvoir.  Je sais que c’est temporaire, mais rien, aujourd’hui, ne m’empêchera de laisser s’écouler, apparemment sans efforts, ce mouvement si paisible.

L’amour éclate dans les êtres comme un feu.  Encore faut-il être assez en forme pour lui permettre de se répandre jusqu’au bout.  Il faut du pouvoir, il faut pouvoir.

Entre nous, il y a de l’eau, du feu, du vent ou de la glace.  Entre nous, se meut le temps qui nous repousse et nous rapproche.

Consigner les détails magiques qui donnent à nos gestes les fleurs qu’ils méritent.
Reprendre librement l’espoir que ce que j’exprime se projette comme une nouveauté non prévue.
Alors seulement j’aurai fait un pas dans la découverte de mon être et du monde où je m’agite.

L’effort automatiste n’est pas un mysticisme.  C’est un travail pour se libérer, pour donner jour aux blocs censurés, aux émotions contenues et retenues prisonnières.  Car je ne sais même pas encore qu’elles existent. 

L’intention est déjà un obstacle parce que l’intention calcule, évalue, tient compte, c-à-d a peur.  A peur de ce que ce monde en dira, en fera.

Révéler la vie cachée est déjà un progrès par rapport à la prison qui nous étouffe.

Les diguidi, les arhhhggh et les phrases apparemment insensées sont des signes, des expressions, que quelque chose veut sortir.  C’est-à-dire que quelque chose est enfermé.

Toutes les tentatives pour les libérer sont des actes pour acquérir du pouvoir, pour rattraper les retards que nous infligent notre condition.

Le commerce humain et les conditions dans lequel il prend place est un cercle concentrique.  Ce qui est tenue pour l’intelligence est en partie l’obéissance à ce qui est, à la soumission à l’ordre du capital.  Le refoulement est le mode répressif de notre volonté de vivre libre.

Mais attention : l’expérience
automatiste peut conduire à l’arrestation.  Il faut malheureusement encore calculer et tenir compte pour se protéger des hommes en blanc dont les hauts salaires confèrent un pouvoir d’écrasement qui risque de nous enfermer, sinon à jamais, du moins pour longtemps.

Tel est une des limites de l’expérience automatiste.  L’internement.  L’internement dont le seul but est d’empêcher le feu de la liberté, de la libération, de se répandre et d’enflammer le reste d’entre nous qui, jour après jour, souffrons d’être maintenus sous surveillance.

La tombée dans l’eau glacée. La réalité maudite. La vra vie.  L’asti d’compromis.

Le temps s’empare de nos amours,
il les nourrit, les cultive,
les abandonne, puis les broie.
S’ensuit ensuite le deuil de
nos journées rieuses.
La fin du coeur en joie
et des étreintes illuminées.

Des écrits comme des fonds de bottines
Enfouis dans une boîte à souliers
Et la mer qu’on voit danser

Écrire
Écrire comme un fou
Sans arrêt
Sans relâche
Sans penser
Écrire comme un fou
Pour savoir qui je suis
Et me donner le pouvoir
            d’être un autre

Dans les yeux mélangés du désir
Il y a ton rire qui me fait du bien

De ces rêveries nonchalantes, surgit le cancer de la société, l’impossibilité du monde et la lucidité de le renverser.  Du bas, du haut, de la gauche à la droite.  Tout pourrait un jour changer d’altitude si nous étions un autre, un seul, ensemble pour s’aimer comme la velouture du schanghe tel l’éclabousse de mes anchalantes.  Au bout du raslte il y a mon coeur en érection, mon arme s’il le faut, et moi qui mange et je crois en l’omolutionaire créé par en-dessous.  Je ne suis pas assez mêlé pour chavirer l’excréminentol du riz de mal.  Tu me regarde d’un oeil, un seul, et me semble qu’alors je poursuis mes vers de l’alminerve.  Pluriel sans des joies à savoir pour me trancher me balotter dans l’aile de mes zéros de ces semaines à vivre.  Mais un cauchemar surprend dans les jours où je ne peux pas changer des histoires à courir de boue et le char le char le charminou pousse un loup dans son amer toi le polimanze de la triche de Montréal de l’autre côté.

Arrivé là, il me dit que je ne sais plus que rochette me tape la zibezine dans l’homologie de mes rendez-vous à croire les poses du monde en fou des ongles plus bourdanse que les zibes, les zibelines.

Ne pas se laisser envahir par eux
Exiger son indépendance
Compter son travail
Construire le mouvement
Réfléchir, agir avec intelligence

Nous sommes si divisé/es que nous avons peur des uns des autres.

Nous avons peur d’intervenir quand les inspecteurs arrêtent un jeune sans ticket dans le métro, quand une femme ou un homme est étendu/e sur le sol, quand une femme est maltraitée par des hommes.

Mieux vaut rester tranquilles.
Dans la honte tranquille qui nous ronge et nous détruit.

Heureusement, l’effort d’intervenir sera récompensé par cet état psychologique de puissance; un pouvoir nouveau apparaît.

La construction de l’autre en soi
C’est la destruction de soi dans l’autre

Je suis bon à rien
Mais je suis prêt à tout

Dans le vacarme de la solitude, il y a le rejet et la peur.

Il y a nous deux, suspects, méfiants et trop fatigués pour tenter de se connaître.

Dans le vacarme de la solitude, il y a la défaite de nos relations maganés par le travail.  Un mal de tête gros comme un soleil dangereux.  Il y a la chaleur qui nous étouffe et nous écrase.  La fureur de la radio qui crache dla marde.  Mais surtout, il y a le désespoir et la tristesse de la mort d’aujourd’hui.

Dormir, dormir encore pour me réveiller plus fort.
Je m’abandonne et j’abandonne.

Que dire d’un rire, d’un sourire, sinon la chaleur qu’il nous procure.  Du romantisme de la rencontre humaine naît le bonheur de vivre avec les autres.  Mais pour combien de temps avant que le cercle concentrique des rapports sociaux se referment.  Ce n’est pas une affirmation défaitiste, mais le constat de la situation que nous vivons aujourd’hui. Pour ces instants de bonheur, combien d’heures perdues dans l’angoisse et la peur, le travail et l’ennui?

Il faut pouvoir.
Il faut du pouvoir.
Pour que,
une fois pour toutes,
la peur se sauve.

Londres, printemps 1992